Entrepreneur Hôtellerie : 7 pistes pour traverser la crise en affirmant son identité

Hôtellerie : 7 pistes pour traverser la crise en affirmant son identité




C’était l’événement le plus attendu de la rentrée 2021. L’ouverture du Cheval Blanc Paris, quelque trois mois après l’inauguration de la nouvelle Samaritaine, a attiré les amoureux d’architecture, de gastronomie et les amateurs de vues imprenables sur la Seine. Le dernier né du groupe LVMH (propriétaire du groupe Les Echos) qui aspire à être « le plus bel hôtel urbain au monde » a sonné le réveil en fanfare d’un marché malmené depuis près de deux ans par la crise sanitaire.

Après une période de gel des transactions, les affaires repartent doucement. « Sur les 2 milliards d’euros de volume moyen annuel d’investissements en France, seuls 700 millions ont été enregistrés sur les neuf premiers mois de l’année. Les processus de vente sont moins fluides qu’avant, le nombre de participants aux appels d’offres a baissé », constate Jean-François Le Dren, directeur adjoint des investissements Europe chez Sofidy. La cinquième vague de la pandémie, la frilosité des banques et les taux de remplissage – 40 % en 2021, contre 70 % en temps normal – freinent la reprise du secteur. Du côté des investisseurs, la prudence est de mise : seuls les actifs situés aux meilleurs emplacements et exploités par des opérateurs solides bénéficient de financements.

Manque de visibilité

De fait, le manque de visibilité sur l’évolution du contexte sanitaire et réglementaire n’incite guère à la prise de risques. « Convalescent depuis mai, le marché de l’hôtellerie a traversé la pire crise depuis sa création, plombé par la baisse des flux touristiques et la quasi-mise à l’arrêt des voyages d’affaires », concède Bruno Juin, directeur du secteur hôtelier chez CBRE. La fermeture des grands magasins parisiens et la suspension des liaisons aériennes ont durement impacté l’écosystème du tourisme qui fait vivre l’hôtellerie de loisirs.

Mais tous les établissements ne sont pas logés à la même enseigne. Si Paris et ses hôtels de luxe, très dépendants d’une clientèle internationale qui représente 50 à 70 % de leur fréquentation, ont été frappés de plein fouet, les établissements régionaux s’en sont, eux, honorablement sortis. « Ils sont restés très fréquentés par une clientèle locale, tournée vers les produits économiques ou moyenne gamme, et par des salariés devenus de plus en plus nomades grâce au télétravail », ajoute Bruno Juin. Autre facteur encourageant : à chaque levée des restrictions, le marché reprend de plus belle. « Comparée à d’autres secteurs économiques, l’hôtellerie fait montre d’une certaine inertie rassurante face aux aléas du marché », constate Jean-François Le Dren qui anticipe un retour à la normale du chiffre d’affaires des hôteliers en 2024, voire 2025.

Preuve de résilience, la valeur des actifs ne s’est pas dégradée. Les fonds de commerce seuls (70 % du marché) se vendent toujours 4,26 fois le chiffre d’affaires annuel et les murs et fonds, 10 fois en 2021. Il faut dire que jusqu’en 2020, l’hôtellerie affichait une santé florissante, avec, pour têtes de proue, des groupes comme Evok (Brach, Nolinski) ou Elegancia (Chouchou Hôtel, Off Paris Seine) qui ont essaimé les adresses à Paris.

« La crise sanitaire a marqué une parenthèse désenchantée sur un marché hôtelier parisien qui, en dépit des grèves, du mouvement des gilets jaunes et des attentats continuait d’afficher des taux de fréquentation record », relate Jean-François Demorge, gérant du cabinet Huchet-Demorge. Ce dernier se déclare optimiste en voyant, pour la première fois en dix-huit mois, « les sourires revenir sur les visages des hôteliers ». La solidité du marché tient aussi à la rareté des actifs. « Il est très difficile de transformer et réaffecter un immeuble à Paris. Pour un mètre carré transformé, il faut pouvoir livrer, en contrepartie, deux mètres carrés de commerce ou d’habitation », explique le gérant.

Sept pistes pour affirmer son identité

À la difficile reconversion ou création d’actifs s’ajoutent le manque d’offre (entre 1987 et aujourd’hui, le nombre d’hôtels, toutes catégories confondues, est passé de 3.247 à 1.800 dans la capitale), une diminution régulière du ratio de chambres au profit de suites plus spacieuses et une pénurie de foncier propre à Paris. Les établissements existants restent donc convoités. En témoigne le rachat, le 25 juin dernier, de six hôtels de catégories 3, 4 et 5 étoiles du groupe JJW par le groupe Bertrand (Saint James, Relais Christine) , accompagné d’Oceania Hôtels et Jean-Claude Lavorel, pour un montant total estimé à 175,5 millions d’euros. « Pour ce lot, l’administration judiciaire a reçu 156 offres formulées par des fonds d’investissement vautours, persuadés d’en tirer un bon prix. Sa valorisation a envoyé un signal très positif au marché en démontrant que malgré la crise, les hôtels ne se bradaient pas », confirme Jean-François Demorge.

Le parc immobilier parisien a, en outre, fait l’objet d’importants travaux ces dernières années pour remettre au goût du jour des immeubles vieillissants. La percée fulgurante d’Airbnb a précipité une montée en gamme du secteur, attendue par les clients. « L’offre hôtelière a fini par lasser une clientèle désireuse de nouveaux concepts », constate Mark Watkins, directeur associé de Coach Omnium. Le mot d’ordre, désormais, est d’affirmer son identité. Et il existe de nombreuses façons d’y parvenir

Piste # 1. Créer une autre architecture

En 1995, Paris ne proposait qu’un seul hôtel 4 étoiles luxe et 80 hôtels 4 étoiles. À la faveur d’un changement de classification des établissements impulsé par le groupe Accor, la capitale compte désormais 620 hôtels 4, 5 étoiles et palaces en 2021. Passé ces distinctions, c’est surtout une véritable révolution architecturale qui s’est opérée. Oubliés les espaces marqués, avec une salle de petit-déjeuner désertée après 10 heures du matin et condamnée le reste de la journée. Fini, aussi, les restaurants d’hôtels ternes et sans vie : place aux espaces communs généreux, à la polyvalence des lieux et aux services.

« Les nouveaux projets hôteliers sont très complets. Les exploitants veulent se démarquer en offrant un maximum d’options aux clients, telles que la restauration ou le spa, avec une attention marquée à la décoration et l’atmosphère », constate l’architecte Elsa Joseph, qui a imaginé la rénovation des hôtels KM Collection, pour Karim Massoud, son fondateur. Elle a ainsi transformé le 10 Bis, une ancienne maison close parisienne en un petit hôtel chic et cosy. « Nous avons conservé des objets emblématiques datant de l’époque de la maison close – statuettes, miroirs et luminaires – afin de conserver l’âme de cette adresse », raconte-t-elle.

Son obsession : rester intemporel tout en épousant les codes de la modernité. Car gare aux effets de mode ! Si la tentation est grande de transformer un hôtel en showroom du design, l’authenticité et l’esprit « auberge » d’origine restent des valeurs sûres pour s’inscrire dans la durée. « Le secret de la réussite d’un hôtel, c’est de compenser le déracinement lié au voyage par le sentiment de se sentir chez soi », résume Jean-François Demorge. Et surtout, de rester connecté à l’histoire d’un quartier. L’hôtel Saint Merry, ancien presbytère, propose ainsi une chambre traversée par les arcs-boutants de l’église adjacente.

« Les clients ne réfléchissent plus en étoiles mais en expérience. Paris, cinquième ville la plus visitée du monde, est une vitrine naturelle des concepts hôteliers qui revisitent la notion d’hébergement », affirme Christophe Gellé, président de C & W Design + Build. Pour renouveler le genre, les établissements s’adossent à des projets événementiels.

L’hôtel Monte Cristo est ainsi devenu, du 30 septembre au 12 décembre dernier, l’hôtel Eminente en partenariat avec la marque de rhum éponyme, pour faire vivre à ses clients à Cuba… au coeur de Paris. « La fausse façade reproduisant l’architecture cubaine, la Cadillac stationnée devant l’entrée, la vingtaine de chambres, et même l’ascenseur : absolument tout donnait l’impression d’avoir fait dix heures de vol et de débarquer La Havane ! » se souvient Katell Bourgeois, responsable hôtellerie France chez C & W Design + Build. Le divertissement entre par la grande porte dans les hôtels.

Piste # 2. Offrir des expériences exceptionnelles

Il n’est pas étonnant, alors, que le très branché Experimental Group (Grand Pigalle Hôtel, Hôtel des Grands Boulevards, Balagan) ait pu lever 380 millions d’euros pour acquérir une quinzaine d’hôtels d’ici trois ans, en France et à l’international. Fondé en 2007, le groupe hôtelier qui a débuté dans le « food and beverage » avec l’Expérimental Cocktail Club a introduit sa culture du bar et de la restauration dans ses hôtels. Chaque établissement possède un barista pour préparer de « vrais » cafés et une carte des vins et cocktails digne de ce nom. Ses restaurants – le Frenchie Pigalle, piloté par le chef Grégory Marchand – et rooftops attirent le Tout-Paris.

Être client de l’hôtel ne suffit plus à avoir sa table réservée. « C’est encore plus excitant de savoir que le restaurant de l’hôtel est rempli de monde et qu’il faut batailler un peu pour trouver une place ! assure Olivier Bon, dirigeant de l’Experimental Group. La restauration est une source de coûts plus que de revenus mais c’est une formidable publicité pour l’hôtel, qui permet d’augmenter le prix de la chambre. » Le modèle économique de l’hôtellerie ne se calcule plus en prix à la nuitée mais en rentabilité au mètre carré.



Chambre de l’hôtel-cinéma «Paradiso», qui joue à fond la carte de l’expérience exceptionnelle.

Au Paradiso, l’hôtel-cinéma créé par les frères Elisha et Nathanaël Karmitz, dirigeants de la société MK2, joue à fond la carte de l’expérience. L’établissement compte 36 chambres dont deux suites équipées d’un écran de 2,5 mètres avec projecteur full HD et son 3D surround ou Dolby numérique. Les amateurs ont accès à une liste de contenus vidéos et à une sélection de DVD pléthoriques. Dans les suites « cinéma », l’on peut visionner en privé les films à l’affiche du MK2 Nation : une prouesse technologique inédite en Europe. « Comme le cinéma, le défi de l’hôtellerie est de donner envie aux gens de sortir de chez eux. Il faut, pour cela, leur offrir des expériences exceptionnelles qu’ils ne vivront pas au quotidien », assure Nathanaël Karmitz. Attendus de pied ferme par les professionnels du secteur, les deux frères défendent une qualité d’hébergement 5 étoiles, pour une tarification 4 étoiles.

La tendance ne se limite pas aux hôtels de luxe. AviaSim, le leader européen des simulateurs de vol, a investi les Mercure, Sofitel et Novotel en lançant, en novembre dernier, un pack comprenant une simulation de vol pour deux et une nuitée avec petit-déjeuner pour 299 euros. « C’est un rapport gagnant-gagnant. Nous versons un loyer et un pourcentage du chiffre d’affaires aux exploitants qui optimisent ainsi des surfaces peu utilisées. En contrepartie, nous gagnons une nouvelle clientèle », explique Thomas Gasser, fondateur d’AviaSim.

Piste # 3. Miser sur l’essor du « lifestyle »

C’est l’hôtellerie économique et milieu de gamme qui a le plus évolué. Introduit en France par les hôtels Mama Shelter, le « lifestyle » connaît un essor exceptionnel. Ce courant qui vise à rendre l’hôtel plus convivial et le service moins formel repose généralement sur des partenariats avec des spécialistes de l’animation (La Folie Douce et les Hôtels Très Particulier).

« Le lifestyle a connu la croissance la plus rapide au monde. Entre 2014 et 2019, le nombre de chambres a plus que doublé, passant de 115.000 à 240.000 dans le monde et les prévisions 2023 tablent sur 480.000 chambres, soit huit fois plus qu’il y a onze ans », observe Meryem Langlois-Jamali, gérante chargée des fonds hôteliers de Keys REIM, qui a racheté une vingtaine d’établissements (Mama Shelter, Jo & Joe, The Hoxton) au groupe Accor. Ce dernier détient quinze marques lifestyle représentant 5 % de son chiffre d’affaires qu’il souhaite porter à 25 %.

Une nouvelle génération de voyageurs

« En décloisonnant les espaces, en réduisant la taille des chambres et en proposant des animations dans les parties communes, l’hôtellerie lifestyle répond à une nouvelle génération de voyageurs, en quête de lien social et d’une expérience locale », ajoute la gérante. Avec ses prix agressifs (50 euros la nuit en région), la chaîne hôtelière Eklo vise une clientèle large, composée de « routards », familles, groupes sportifs, professionnels… « Nous proposons 80 % de petites chambres de 10 à 12 m2 très fonctionnelles et 20 % de chambres atypiques d’une surface de 25 m2, certaines équipées de lits cabanes en bois », indique Emmanuel Petit, fondateur d’Eklo qui compte sept établissements en France et projette d’en ouvrir cinq autres à Toulouse, Lyon, Roissy, Montpellier et Paris d’ici 2024.



En surfant sur l’essor du lifestyle, « Les Piaules » ont donné une seconde vie au concept d’auberge de jeunesse.

Le « lifestyle » a insufflé une nouvelle énergie à l’hôtellerie. Les Piaules et The People Hostel (groupe Grape Hospitality) ont donné une seconde vie aux auberges de jeunesse. « Le principe d’hébergement reste le même mais les prestations hôtelières se sont améliorées. Les chambres dortoirs sont privatisables et nos établissements proposent un service de restauration abordable », décrit Frédéric Josenhans, président de Grape Hospitality. Ces hôtels s’adaptent aux différentes typologies de clientèles. « Durant l’année, notre auberge du Havre reçoit une forte demande de la part d’ouvriers ou de cadres qui travaillent à la raffinerie ou au port pour des séjours de quatre à cinq jours. Pendant les vacances scolaires, ce sont les familles qui prennent le relais », poursuit-il. Une mixité qui permet à l’exploitant d’augmenter ses taux de remplissage tout au long de l’année.

Piste # 4. Proposer toujours plus de services

Longtemps épargnés par les tourments du marché, les hôtels de luxe ont aussi eu droit à leur lifting. « L’hôtellerie a été une enfant gâtée ces dix-vingt dernières années, n’ayant aucunement besoin de faire d’efforts pour crouler sous la demande », concède Laurent Taieb, fondateur de Madame Rêve, l’ancienne Poste du Louvre métamorphosée en hôtel 5 étoiles qui séduit une population jeune (35-40 ans), aisée et connectée. « Quand vous créez un hôtel ex nihilo, pour exister, il faut trouver un autre public et marquer sa différence. La plus grande difficulté est d’apporter de la modernité et d’imaginer une offre qui n’existe pas », relève-t-il.

L’établissement propose une multitude de services (achats de tickets coupe-file ou visite privée à la Bourse du Commerce, places de restaurant assurées, room service à toute heure, massage en chambre…), dans une logique « à la demande » très contemporaine. « Certains clients font la fête le soir et souhaitent manger des oeufs brouillés à 11 heures le lendemain, d’autres désirent inviter des amis à boire un verre dans leur chambre. Le luxe, c’est d’avoir la liberté et du personnel disponible pour vous servir », résume Laurent Taieb. Générateurs de marges additionnelles, les équipements et services annexes permettent de capter une clientèle extérieure à l’hôtel qui consomme sans y séjourner.

Spa dans les Alpes

Au coeur des Alpes suisses, surplombant le lac des Quatre-Cantons, le Chenot Palace Weggis regorge d’installations dernier cri (laboratoires, chambre de cryothérapie et d’altitude) et concocte des programmes de santé sur mesure à ses clients. Pour parfaire le séjour, le palace héberge un spa médical ultramoderne de 5.000 m2.

Côté piscine, le Bvlgari Hôtel, qui a ouvert ses portes début décembre avenue George V à Paris, peut se targuer d’avoir le plus grand bassin (25 mètres) du Triangle d’Or, prolongé de 1.300 m2 de spa. Un espace bien-être qui, comme le concède Sylvain Ercoli, directeur de l’établissement, accueille à 90 % des non-résidents de l’hôtel. « Il faut parvenir à trouver le bon équilibre entre clients extérieurs et résidents pour préserver l’harmonie des lieux », assure-t-il.



La piscine du « Bvlgari Hôtel », le plus grand bassin du Triangle d’Or parisien.

Une alliance des contraires qui se traduit aussi dans l’architecture de l’hôtel. Cet ancien immeuble de bureaux reconverti en établissement 5 étoiles de 76 chambres (dont 64 suites) marie le design contemporain italien au chic parisien. Son héritage de joaillier rejaillit dans le choix des couleurs, du safran sur les murs à l’onyx iranien gris et blanc du bar derrière lequel oeuvre un mixologue 100 % italien.

Piste # 5. Concevoir l’hôtel comme une annexe du bureau

L’hôtel devient aussi l’écrin des entreprises, avec l’institutionnalisation du télétravail. « Avec le travail à distance, les semaines deviennent à géométrie variable et beaucoup de clients partagent leur temps entre travail et loisirs, même le week-end. L’hôtellerie doit savoir s’adresser à ces salariés nomades », commente Hélène Gauthier, directrice générale d’Honotel. Le réseau a développé le forfait #commuters pour les professionnels qui passent quelques jours par semaine dans une ville pour travailler. « Nous avons 80 clients réguliers qui paient leur chambre à un prix fixe et peuvent laisser leurs affaires dans un casier d’une semaine à l’autre », précise-t-elle.

Des chambres disséminées dans le centre-ville

Dans le même esprit de praticité, au MiHotel, à Lyon, plus besoin de passer par la réception pour s’enregistrer : tout est digitalisé. Le check-in se fait sur Internet et la porte de la chambre s’ouvre via un code. Cet hôtel imaginé par Nathalie Grynbaum et Stéphanie Marquez relève autant du pied-à-terre urbain que du 5 étoiles.

Suite avec baignoire et vue sur la place Bellecour, suite Renaissance dans la tour rose : toutes les chambres sont équipées d’un micro-ondes, d’une bouilloire, d’un minibar et d’une machine à café. En plus d’être hyperconnecté, le MiHotel a la particularité d’être satellisé dans le centre-ville lyonnais entre onze adresses, pour 40 suites et autant d’ambiances différentes. Une façon de cibler les meilleurs emplacements mais également de réduire les coûts du foncier dans une ville où les prix au mètre carré s’envolent (+ 4,2 % sur un an, en 2021).

Avec Wojo, Accor a anticipé l’arrivée du bureau à l’hôtel. Après avoir intégré, en 2020, des espaces de coworking dans certains de ses établissements, il développe aussi des bureaux privatifs et des salles de réunion pour quatre à six personnes. Il vient d’inaugurer, au Mercure Tour Eiffel sa nouvelle offre aux entreprises. « Notre objectif est de proposer une expérience semblable aux espaces de coworking mais avec les services hôteliers en plus », décrit Lénaic Bezin, responsable des tiers lieux de Wojo.

Le groupe envisage d’atteindre un ratio maximal de 20 chambres dédiées aux professionnels, sur les 650 chambres de l’établissement. Et pour que ces espaces soient réversibles, le designer Ramy Fischler a mis au point un système de toile tendue aux murs et au plafond démontable à l’envi. La formule semble séduire. « Tous les jours, nous recevons des demandes d’entreprises qui veulent professionnaliser le télétravail et trouver des lieux de travail à dix minutes du domicile de leurs collaborateurs, partout en France », assure Lénaic Bezin.

Et pour ceux qui souhaitent fuir les villes, Demeures de Campagne (Grape Hospitality) met à disposition des urbains des domaines d’exception (Château des Mafliers, Domaines du Coudray…) pour travailler au vert tout en s’accordant des pauses récréatives (balade à cheval, tennis, cours de cuisine) et finir la soirée en beauté, autour d’un barbecue ou à la table d’un chef.

Piste # 6. Satisfaire les envies de vert

« Le marché hôtelier a loupé le premier virage écologique. Les acteurs mettent les bouchées doubles pour rattraper leur retard et transformer en bâtiments écoresponsables des actifs obsolètes », indique Bruno Juin. D’autres vont plus loin en proposant des séjours en complète harmonie avec la nature dans la mouvance du « glamping », l’hôtellerie de plein air haut de gamme.

Créé en 2008 mais resté confidentiel, l’éco-lodge Le Bruit de l’eau, situé au coeur du parc ornithologique du Marquenterre, a vu ses réservations exploser depuis la crise. Le site dispose de quatre lodges insolites, dont une bulle en verre et une suite japonaise dont la baie vitrée de 2 mètres s’ouvre sur la forêt. « À la sortie du confinement, les gens avaient une telle soif de nature que nous avons affiché complet durant des semaines », raconte Tibo Dhermy, fondateur du lieu.



Chambre de l’éco-lodge « Le Bruit de l’eau», dans le parc ornithologique du Marquenterre.

Passant du complexe hôtelier aux cabanes en plein air, Nathalie Beernaert, ex-directrice commerciale du groupe Barrière, a fondé, avec Patrick Goas, le Whaka Lodge. Ouvert en mars 2021, le site basé dans le Gers comprend une cinquantaine d’hébergements allant de la tente de luxe (40 m2 avec terrasse, douche à l’italienne et cuisine) aux cabanes avec jacuzzi, plus proches de la suite hôtelière que du mobile home. « Il y avait un créneau à prendre sur l’hôtellerie de plein air en France. Nous avons voulu y ajouter la dimension confort et conciergerie en proposant, notamment, des petits-déjeuners buffet, comme à l’hôtel », assure Patrick Goas. Pour la saison 2022, le Wakha Lodge a renouvelé son parc et proposera de nouveaux concepts d’hébergement, dont un « jungle dôme » avec baignoire balnéo, ou des tipis à étages.

Enfin, pour une déconnexion totale, Parcel offre des nuitées en tiny houses (petites maisons en bois de 16 à 18 m2), toutes équipées mais sans wi-fi, dans les grands terroirs français (Saint-Emilion, Limousin, Bretagne…). Pour 129 à 160 euros la nuit, on peut découvrir l’agriculture locale puisque les tiny houses occupent la propriété d’un partenaire de Parcel, et consommer les produits issus de l’exploitation.

Piste # 7. Explorer la mixité d’usages

La réflexion sur l’hybridation des concepts se fait de plus en plus forte. Les investisseurs regardent particulièrement les actifs réversibles. « Il y a une vraie ingénierie immobilière à mettre en oeuvre pour accroître notre capacité à changer la destination des immeubles à court et moyen terme et répondre ainsi aux besoins de la société, comme le logement des seniors et des étudiants », note Jean-Marc Palhon, président d’Extendam. La société de gestion vient de lancer le fonds Convert Hôtel dédié à la transformation d’actifs hôteliers obsolètes afin qu’ils intègrent une mixité d’usages, jusqu’au coliving. Pour son président, les hôtels urbains incarnent des lieux de vie et d’accueil recherchés par les mairies et les collectivités locales.

C’est le cas de Gogaille, né en 2018, qui aspire à « réinventer l’hospitalité et l’art de la déguster ». « La démocratisation du design et de la décoration d’intérieur a permis de hisser la qualité du parc privé au niveau de l’hôtellerie. Pour redonner ses lettres de noblesse au marché, il fallait retrouver les racines de l’hôtellerie : un concept d’hospitalité qui englobe l’ensemble des points de contacts d’un voyage », explique Hugues van Heesewijk, cofondateur du groupe.

La partie hôtel est dispatchée en plusieurs bâtiments situés à des points stratégiques de la ville (palais de justice, gare, centre historique…) Quant aux « échoppes », elles rassemblent restaurants, traiteurs, boulangeries et bars autour d’une « place du village ». Soutenu par la municipalité et la CCI, Gogaille a investi 5 millions d’euros dans un immeuble d’une quinzaine de chambres à Limoges. Le groupe ambitionne de « ramener du service dans les villes de moins de 200.000 habitants ». Des ouvertures sont à prévoir à Poitiers et à Angers, notamment.

Faire vivre la montage toute l’année

À Tignes, en Haute-Savoie, l’ex-quadruple champion du monde de ski free-ride Guerlain Chicherit vient de lancer un concept immobilier de luxe, WOM, qui verra le jour en 2023. Ce programme comprend un hôtel 4 étoiles, une auberge de jeunesse ainsi qu’un ensemble de services et de loisirs (restaurant, bars, boutiques, spa, patinoire, vague de surf artificielle, auditorium, garderie, ski shop, conciergerie…) pour faire vivre la montagne autrement que par le prisme du ski. « Créer des structures non soumises à la saisonnalité est un enjeu pour l’avenir des stations de haute montagne », résume Guerlain Chicherit. Son projet, il l’assure, s’adresse à tous les publics. Les plus fortunés pourront jouir, toutefois, de spas ou de piscines privées dans des chalets ultra-luxueux.

À Méribel, le groupe immobilier Vallat commercialise des prestations hôtelières haut de gamme et exploite la résidence hôtelière 5 étoiles Antarès (sept chalets dont un de… 700 m2 !). Un format plébiscité par les vacanciers pour de longs séjours. « Le public habitué à vivre à l’année dans de très grandes demeures a du mal à se satisfaire des 25 ou 30 m2 d’une chambre d’hôtel. Il privilégie des surfaces privatisées avec de l’espace, de préférence avec une terrasse, et des services dignes d’un palace », constate Joffray Vallat, PDG du groupe. Cet arpège d’offres incarne bien ce que représente l’hôtellerie en 2021 : un marché ouvert, polymorphe et en pleine mutation immobilière.

Régis Conseil* : « Ecouter les tendances sans verser dans le superficiel »

– Mon métier est de créer des histoires, un univers, mais aussi de faire en sorte que les matériaux et la gestion des différents flux – résidents, clients extérieurs et personnels – rendent l’ensemble cohérent et pérenne. En matière de décoration, il faut savoir écouter les tendances du marché sans verser dans le superficiel, qui sera ringard dans cinq ans.
– Il s’inscrira dans la continuité de ce qui a été mis en place avec l’adjonction de fonctions, répondant notamment aux besoins des salariés nomades qui souhaitent occuper les chambres dans la journée. Il faudra penser à des lieux calmes, mieux insonorisés, avec une connexion sans faille et des outils technologiques de pointe. De nouveaux concepts verront le jour autour du home office.
– Il doit proposer quelque chose de mieux que la maison ! Aux architectes d’intérieur de faire en sorte que les clients viennent le plus tôt possible à l’hôtel, en repartent le plus tard et surtout, qu’ils y reviennent. L’hôtel doit offrir plus de services, incluant la domotique et la digitalisation, et un confort inégalable. Le marché évolue progressivement vers d’autres usages. Les chambres ressembleront, de plus en plus, à de petits appartements, avec une kitchenette, un espace de stockage pour les vêtements et un vrai bureau.
* Designer et fondateur du studio Janréji.

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *